Al Qaeda : attaques imminentes sur l'Europe?
Une lettre récente des Brigades Abu Hafs
Le 1er juillet, le journal londonien arabophone Arshaq al-Awsat a reçu une lettre d'un groupe inféodé à al Qaeda, les Brigades Abu Hafs al-Masri. Il y est fait allusion à la trêve de trois mois offerte par Ben Laden aux pays Européens, pendant laquelle ces derniers devaient retirer leurs troupes du Golfe Persique. La trêve en question avait été refusée.
« Au peuple européen : vous avez seulement quelques jours supplémentaires pour accepter la trêve de Ben Laden ou vous n'aurez qu'à en prendre à vous-mêmes. »
La lettre enjoint les musulmans vivant en Occident de quitter leur terre d'accueil pour se réfugier dans des pays musulmans. « Que ceux qui ne le peuvent prennent des précautions et se replient dans les zones de population musulmane. Qu'ils prévoient suffisamment de nourriture pour un mois, qu'ils trouvent le moyen de se protéger eux et leur famille; qu'ils épargnent suffisamment d'argent pour vivre un mois, qu'ils prient beaucoup et remettent leur destin à Dieu. »
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Le groupe avait redendiqué les attentats de Madrid et annoncé d'autres plus importants.
Le groupe avait déjà revendiqué les attentats de Madrid, dans une lettre adressée au journal londonien arabophone al-Qods al Arabi le 2 mars 2004, et annonçait des attentats plus importants à venir :
« L'escadron de la mort (des Brigades) a réussi à pénétrer les profondeurs des terres croisées européennes pour frapper l'un des pilliers de l'alliance croisée - l'Espagne - en un coup douloureux. (...)
Nous voulons vous avertir que l'Escadre de la Fumée Noire vous atteindra bientôt, et alors vous verrez vos morts par miliers, si Dieu le veut. C'est un avertissement.
« Nous voulons annoncer à tous les musulmans du monde entier que 90% des préparations de l'opération 'Vent de la Mort Noire' sur le point d'avoir lieu aux Etats-Unis sont achevées et aura bientôt lieu [sic], avec l'aide de Dieu. Les croyants vont célébrer la victoire de Dieu.
Evitez de vous trouver à proximité des installations militaires et civiles de l'Amérique et de ses alliés. »
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Histoire du groupe
Abu Hafs al-Masri (=l'Egyptien), mort dans un bombardement allié en Afghanistan, était l'un des dirigeants du groupe du Jihad Islamique, responsable de l'assassinat de Sadate le 6 octobre 1981. Il rejoignit Ben Laden en Afghanistan au début des années 1980 et a participé à la création d'al Qaeda.
Ancien policier, il était responsable de la sécurité d'al Qaeda. Proche de Ben Laden, il devait lui succéder en cas de décès de ce dernier. Une de ses filles a épousé un fils de Ben Laden.
En 1992-1993, il a pris part à des attaques contre les forces américaines en Somalie.
En 1997, avec al Zawahiri, il organise les attentats de Louxor, en Egypte, perpétrés contre des touristes (58 morts).
En 1999, le FBI l'accuse d'avoir participé aux attentats contre l'ambassade américaine du Kenya et de Tanzanie.
Le 15 novembre 2001, il fut tué par un drone américain à Kaboul.
Les « Brigades d'Abu Hafs al-Masri » ont repris son nom, sans qu'il soit facile de déterminer leur lien avec al Qaeda.
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La réaction des Européens
Les Européens ont refusé la trêve proposée par Ben Laden et n'entendent en aucune façon céder au chantage de l'organisation terroriste. Les responsables européens sont partagés, même si la plupart prennent la menace au sérieux.
Une source proche du renseignement britannique souligne que ce groupe n'a sans doute joué aucun rôle dans les attentats de Madrid. Un porte-parole du ministère de l'intérieur allemand fait pour sa part remarquer qu'il avait déjà revendiqué des pannes de courant en 2003 à New York, alors que la cause en était simplement technique. David Claridge, directeur du Janusian Security Risk Management de Londres, a affirmé qu'il était sceptique quant à l'existence d'un lien entre ce groupe et al Qaeda, qui n'a pas l'habitude de donner des dates pour ses attaques. Toutefois, il estime qu'il faut prendre cet ultimatum au sérieux.
Il est exact que les Brigades ont souvent indûment revendiqué des attentats : l'attentat contre l'Hotel Marriott de Jakarta (5 août 2001), la panne de courant du 14 août 2003 aux Etats-Unis. Elles ont toutefois revendiqué des actions qui pourraient leur être attribuées : l'attaque contre les quartiers de l'ONU à Bagdad (19 août 2003) , l'attaque contre la caserne italienne de Nasirija le 12 novembre 2003, les attentats par voitures kamikazes contre deux synagogues en Turquie (15 novembre 2003). Il se pourrait fort que certains proches d'al Qaeda se servent de ce nom pour honorer la mémoire d'un ancien responsable d'al Qaeda. Il est sans doute possible d'exclure l'hypothèse d'une pure farce, car la terminologie utilisée est proche de celle d'al Qaeda. Il n'est pas impossible, en outre, que les attaques de Nasirija et de Turquie aient eu lieu explicitement en commémoration de la mort d'Abu Hafs. En tous cas, ces revendications fantaisistes ont entaché la crédibilité du groupe. Si al Qaeda demeure relativement structurée en dépit de ses revers, elle est entourée d'une nébuleuse de groupuscules plus ou moins indépendants qui peuvent commettre des attentats isolés et donner par ailleurs des revendications fantaisistes pour faire connaître leur nom.
En tout cas, l'annonce de la trêve offerte par les Européens en avril dernier a bien été reconnue par les policiers américains comme venant de Ben Laden. La date limite de la trêve va bientôt être atteinte, ce qui inquiète les services de sécurité européens, déjà en état d'alerte depuis la rumeur persistante d'un 'gros coup' préparé en Europe. Il est vrai qu'al Qaeda ne donne pas de date pour ses attaques, peut-être, en partie, en raison des retards logistiques inévitables propres aux opérations de grande envergure. Mais nous avons ici une date à partir de laquelle de nouveaux attentats sont possibles.
L'essentiel demeure : un ultimatum posé par al Qaeda n'a pas reçu de réponse et sa date limite approche (texte écrit le 6 juillet). Et il est peu probable que Ben Laden l'ait posé sans avoir les moyens de le mettre à exécution. Ses interventions sont rares et ciblées, et ses propos concernant l'Europe est d'une exceptionnelle gravité. La lettre des Brigades exprime cette réalité.
C'est pourquoi les renseignements et les polices européennes sont sur le qui-vive. Les responsables aussi. Lors du dernier sommet franco-italien, à l'occasion de la conférence de presse, Jacques Chirac et Silvio Berlusconi ont annoncé qu'ils étaient conscients du danger. Le président de la France a annoncé : « la France prend très au sérieux tout ce qui peut menacer le territoire européen ou national au nom du terrorisme. (...) Nous sommes en un très haut état d'alerte (...) Nous faisons déjà le maximum absolu dans ce domaine. » Le président du conseil italien a pour sa part affirmé : « nous prenons ces menaces très au sérieux », en remarquant que la police italienne surveillait déjà 14.000 sites.