La réponse des Etats : les Etats-Unis

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La menace du terrorisme nucléaire ou radiologique est prise très au sérieux par le gouvernement des Etats-Unis, qui en a fait une priorité depuis le 11 septembre. Des mesures drastiques ont été prises pour repérer et neutraliser des engins nucléaires terroristes sur le sol américain, et l'administration Bush a mis en place un "gouvernement fantôme" destiné à assurer la continuité constitutionnelle.

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Emois présidentiels

Au début de l'année 2001, à Chantilly, en Virginie, une réunion confidentielle des divers services de renseignements américains avait consacré une journée entière à ce sujet. La plus grande majorité de la cinquantaine de participants avait conclu au caractère négligeable de la menace, sans qu'aucun d'eux n'en vienne à l'exclure tout à fait. Après les attentats du 11 septembre, cependant, les esprits se firent de plus en plus inquiets. Le New York Times rapporte les propos de hauts fonctionnaires spécialisés dans le terrorisme NBC : "clairement, l'impression d'urgence se renforce"; "plus vous rassemblez des informations, plus vous devenez inquiets en constatant l'acharnement d'Al Qaeda à se procurer des armes de destruction massive." Selon le New York Times, le directeur de la CIA, George J. Tenet, aurait eu un entretien avec le Président fin octobre et lui aurait dévoilé les preuves les plus récentes de l'intérêt d'Al Qaeda pour les armes nucléaires. En particulier, il lui aurait révélé les ambigüités des spécialistes Pakistanais à l'égard des talibans, les failles de la sécurité nucléaire russe et la curieuse conversation téléphonique d'un responsable d'Al Qaeda, interceptée après les bombardements américains en Afghanistan : "il y aura une autre attaque et elle sera bien plus importante." A l'écoute de cet entretien, que certains décrivent comme hâtif et approximatif, le président aurait "sauté au plafond", et aurait ordonné "avec la plus grande émotion" à son équipe de sécurité nationale de donner la priorité au terrorisme nucléaire sur toutes les autres menaces planant sur les Etats-Unis. George Tenet lui-même fit des allers et venues entre les Etats-Unis et le Pakistan afin de tirer au clair l'affaire des scientifiques pakistanais. Le renseignement américain, quant à lui, est arrivé à la conclusion qu'Al Qaeda aurait récupéré sinon des armes nucléaires portables auprès des arsenaux russes, du moins du matériel fissile comme le stronitum 90 et le césium 137. Ces derniers matériaux toutefois, ne peuvent être utilisés à la fabrication d'une arme nucléaire, mais peuvent entrer comme ingrédients dans une "bombe sale."

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Les unités antiterroristes sur le pied de guerre.

Les vieux compteurs Geiger semblent avoir fait leur temps. Utilisés à grande échelle par les douanes américaines depuis des années, ils sont supplantés par une nouvelle génération de détecteurs de rayons gamma et de flux de neutrons. Ces équipements furent réservés jusqu'ici aux unités mobiles du NEST (Depuis quelques temps déjà, Nuclear Emergency Search Team), crées en 1975 et dont la mission est de repérer et de désamorcer des engins nucléaires. Rendues célèbres par le film The Peacemaker, qui les présentaient à la poursuite d'un terroriste bosniaque tentant d'atomiser les Nations-Unies, elles se sont illustrées, ces dernières années, par une certaine inactivité, sauf lorsqu'elles devaient faire face à des chantages téléphoniques plus ou moins sérieux à l'arme nucléaire ou radiologique.

De telles unités n'étant pas préparées au combat, la célèbre unité antiterroriste Delta Force fut récemment munie de ces nouveaux détecteurs, avec la mission de tuer ou de neutraliser tout individu possédant une arme nucléaire et d'avertir les équipes scientifiques capables de désamorcer cette dernière. Les détecteurs ont été également placés dans des endroits-clef du territoire américain : zones frontières, bases d'outre-mer, noeuds de circulation autour de Washington, et furent déployés à l'occasion de grandes manifestations, comme les Jeux Olympiques dans l'Utah, et même prêtés à des pays alliés comme l'Arabie Séoudite.

L'action combinée du NEST et de la Delta Force ne peut cependant résoudre toutes les difficultés. Les détecteurs ne peuvent ainsi donner la localisation de la source radioactive avec une précision suffisante. De cruels dilemmes pourraient se poser dans l'éventualité du repérage d'une arme nucléaire terroriste : il faudrait alors procéder à une fouille systématique de tout le secteur pendant que certains responsables seraient évacués. Mais quels responsables? Quand donner le signal de l'assaut? Les terroristes ne risqueraient-ils pas de déclencher l'arme dans l'intervalle?

C'est pourquoi de nouveaux détecteurs sont à l'étude actuellement, notamment par une division du laboratoire de Los Alamos consacré à la non-proliferation nucléaire (le NIS, Nonproliferation and International Security).

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Le repaire de l'aigle

L'éventualité d'une destruction partielle ou totale de la capitale fédérale comme conséquence d'un attentat nucléaire est donc considérée avec le plus grand sérieux par les hauts fonctionnaires américains. "Nous prenons cette affaire avec un sérieux extraordinaire, et nous nous sommes engagés à faire un travail aussi complet que possible pour assurer la poursuite des opérations du gouvernement fédéral", dit ainsi Joseph W. Hagin, chef du personnel de la Maison Blanche. Il faut en effet que la continuité constitutionnelle soit assurée pour que le gouvernement puisse continuer à fonctionner en dépit d'une catastrophe nucléaire.

Un dispositif de survie gouvernementale fut mis en place dès la guerre froide. La préservation de l'autorité constitutionnelle fut assurée sous Truman, quand, en 1947, le Congrès américain fixa la liste de succession consitutionnelle de l'exécutif, en cas de décès du Président : d'abord le Vice-Président, puis le Président de la Chambre des Représentants, puis le Président du Sénat, puis neuf membres du cabinet, en tout douze successeurs possibles. L'ordre exécutif 10346 donné à Truman aux départements fédéraux leur donne comme mission de préparer la continuation de leurs fonctions essentielles en état d'urgence, sous la coordination de l'Office of Emergency Planning, créé à l'occasion. Kennedy continua dans cette voie. Il déclarait ainsi le 12 février 1962 : "le fonctionnement effectif et continu de l'autorité politique civile en état d'urgence est vital relativement à la survie de notre société libre." La section (2b) de l'ordre exécutif 10952, par lequel il réorganisait le programme de défense non militaire, chargea le directeur de l'Office of Emergency Planning du développement de projets préparant à la continuité du gouvernement fédéral dans le cas d'une attaque. Il fut confirmé par l'ordre exécutif 11051. Les départements et les grandes agences fédérales furent ainsi pourvues d'une ligne de succession éventuelle pour leurs cadres les plus importants; cette ligne de succession est changée de temps en temps, et reste visible sur le Registre Fédéral, à moins qu'elle ne soit classée. Les critères délimitant les fonctions essentielles et les personnes concernées au sein de chaque institution font l'objet de débats permanents. Certains sites furent mis en valeur pour servir de refuge en cas d'attaque. Dans les années 1980, le National Program Office de la Maison-Blanche s'occupa du programme de "Continuation du Gouvernement"(COG), et fut chargé de mettre en place des centres de commande dans le cas d'un état d'urgence nationale. En 1985, Reagan donna ordre à un groupe de personnes issues de différents ministères de préparer la relève (National Security Decision Directive 188, Executive Order 12472). En 1988, il enjoint à chaque direction de département de définir les besoins civils essentiels à la survie de la nation, parmi lesquels la continuité constitutionnelle (Executive Order 12656).

L'attaque du 11 septembre vit la réalisation partielle du programme. Quelques heures après les attentats, il fut possible de voir un ballet d'hélicoptères, escortés par des F-16, et de bus gouvernementaux autour d'une base de secours. Le vice-président, Dick Cheney, fut éloigné de Washington pour un temps assez long. A la suite des attaques, George Bush créa le Office of Homeland Security (Executive Order 13228), dirigé par l'ancien gouverneur de la Pennsylvanie, Tom Ridge, avec la mission de préparer la continuation du gouvernement américain en cas d'une attaque terroriste massive. Depuis fin octobre, les hauts fonctionnaires américains se relaient dans l'un des deux endroits fortifiés choisis pour assurer la continuation. Il s'agit de constructions souterraines aptes à résister à des attaques nucléaires, et disposant d'une grande autonomie énergétique. Selon les menaces, de 70 à 150 administrateurs y travaillent, en détachement de toutes les branches de l'exécutif fédéral. Le secret est absolu, et des poursuites pénales sont prévues à l'encontre de ceux qui révèleraient (ne serait-ce qu'à leurs familles) la localisation et le fonctionnement du camp retranché. Seul l'exécutif est concerné par ce nouveau train de mesure. Le Congrès et la Cour Surpême disposent de plans de continuation, sans pour autant avoir de pareilles installation. L'Armée dispose de centres de commandes redondants, à l'épreuve du feu nucléaire et fonctionnant 24 heures sur 24. Le quartier général de l'US Space Command est enterré dans le Colorado, et celui de l'US Strategic Command pareillement dans le Nébraska.