La réponse américaine au terrorisme : un bilan (septembre 2001 - juin 2004)
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L'Irak et l'Afghanistan
A l'approche des élections présidentielles, la question de l'adéquation de la politique américaine à la lutte contre le terrorisme revient dans le débat public.
De l'avis général, l'invasion et l'occupation de l'Afghanistan ont porté un rude coup à l'organisation terroriste, la privant de toute base étatique, la refoulant dans la clandestinité, et mettant à mal son projet géopolitique de création d'un bloc intégriste couvrant l'Asie Centrale.
L'invasion de l'Irak a reçu, comme on le sait, un accueil beaucoup plus mitigé. L'objectif ultime de l'administration américaine était la constitution d'un 'Grand Moyen Orient' prospère et démocratique afin d'enrayer les causes économiques du terrorisme et limiter les tensions avec Israël. Laurent Fabius, un homme politique français, en visite aux Etats-Unis quelques mois après le 11 septembre, fut étonné d'entendre les stratèges américains envisager d'envahir successivement l'Irak, l'Iran, la Syrie et l'Arabie Séoudite pour réaliser ce grand projet. De même, les opinions publiques du monde entier réagirent souvent violemment contre le bellicisme américain, catalysées par la défection inattendue de la France lors des débats de l'O.N.U. Le sentiment dominant était que les Américains étaient allés trop loin dans leur hybris de vengeance.
Il y a là un malentendu culturel. Pour les Américains, en effet, la guerre n'est pas synonyme de massacres inutiles et de destructions civiles, comme en Europe, mais joue un rôle positif dans la conquête de la liberté : c'est par la guerre qu'ils chassèrent les Anglais de leur sol et créèrent leur société, c'est par la guerre qu'ils détruisirent en le régime nazi allemand et le régime autoritaire japonais pour les remplacer par des régimes démocratiques, sous le regard finalement plutôt bienveillant des populations. Dans la même perspective, il s'agissait pour eux de renverser par la force les régimes hostiles et corrompus du Moyen-Orient, noyau dur du monde islamique, afin de créer une vaste zone démocratique, libérale et musulmane qui puisse servir de modèle à tout le monde arabo-musulman. La volonté de faire rentrer la Turquie dans l'Union Européenne procède de la même logique.
La critique la plus immédiate que l'on peut faire à ce projet est de sous-estimer la susceptibilité musulmane, et d'oublier que l'aspiration ultime et secrète du monde musulman est l'unification politique et militaire de la Communauté des Croyants (Oumma), afin de laver les humiliations subies par l'Occident et de mettre cette force au service des prétentions universalistes et conquérantes de l'Islam. Ce désir d'unité, qui traverse de part en part l'histoire musulmane, s'est illustrée plus récemment dans l'histoire des mouvements de décolonisation des années 1920 et 1930, puis dans le panarabisme, et trouve malheureusement son expression la plus récente dans le terrorisme islamiste.
L'autre objectif, plus immédiat, de l'invasion de l'Irak était la destruction d'un régime dictatorial, soupçonné d'avoir aidé Al Qaeda et désireux de se procurer l'arme atomique. Les maigres résultats de la recherche d'armes de destruction massive sur le sol irakien ont terni l'image de l'administation américaine, qui s'est certainement volontairement aveuglée sur ce point. Il faut dire qu'elle a des circonstances atténuantes : tant les opposants irakiens que les réfugiés iraniens, lui ont fait croire que l'Irak disposait ou allait vite disposer d'armes de destruction massive, les uns afin d'en finir avec un régime abhorré, les autres ravis de voir disparaître un rival de toujours, et tout disposés à venir en aide aux Chiites d'Irak. En outre, Saddam Hussein n'a jamais voulu clairement démentir l'absence d'armes de destruction massive, afin de donner au monde entier et à sa population l'impression d'un Irak fort et puissant. Par ailleurs, rien ne prouve que les ambitions nucléaires irakiennes se fussent arrêtées là et que le programme n'ait pas un jour repris. Un livre récent du journaliste américain Richard Miniter, Losing Bin Laden : How Bill Clinton's Failures Unleashed Global Terror, affirme également que des liens existaient bel et bien entre l'Irak de Saddam Hussein et Al Qaeda, surtout entre 1992 et 1996. L'Irak aurait ainsi facilité la préparation d'attentats terroristes par son réseau d'ambassades.
Quoi qu'il en soit des motifs, légitimes ou non, du renversement de Saddam Hussein et de l'occupation de l'Irak, cette dernière a malheureusement contribué à finir de discréditer les Américains aux yeux du monde arabe, au point que la plupart n'ont pas pris au sérieux les excuses formulées par George Bush relativement aux sévices perpétrés par les GI s dans les prisons irakiennes. Dans un discours donné fin juin 2004 à Orlando, en Floride, l'ancien chef du contre-terrorisme à la Maison Blanche Richard Clarke n'a pas hésité à critiquer vigoureusement l'invasion de l'Irak, la stigmatisant comme une « énorme erreur » : « nous avons fait précisément ce qu'al Qaeda voulait que nous fassions : envahir et occuper un pays arabe plein de pétrole qui ne nous menaçait en aucune façon », ce qui a fait croire aux opinions publiques arabes que l'invasion n'était qu'une forme larvée de prédation, alors que les Américains croyaient sincèrement arriver en libérateurs. Ce qui n'a pas manquer d'attiser l'anti-américanisme dans la région : « la haine qui a été engendrée par cette invasion durera pendant des générations. » Clarke a indiqué que les Américains risquaient de perdre la guerre contre le terrorisme s'ils s'en tenaient à une stratégie matérielle classique, remarquant que l'effondrement de l'Union Soviétique avait aussi des causes idéologiques et culturelles.
Il semble donc que les Américains aient perdu la bataille de l'opinion, ce qui augure mal de l'avenir.
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Stratégie classique contre rupture asymétrique
Dans leur lutte contre Al Qaeda, les Américains ont saisi le problème du côté qui leur était le plus familier, à savoir les relations inter-étatiques, où l'on revient dans le schéma classique et symétrique des relations internationales. Comme Al Qaeda bénéficiait de protections étatiques à divers degrés (Afghanistan, Irak), les Américains ont pensé que se défaire de ces Etats suffisait à régler une partie du problème. De fait, Al Qaeda n'a plus de base étatique.
Par ailleurs, il est vrai que la stratégie a eu des résultats indéniables. Un nombre impressionnant d'attentats ont pu être déjoués, malgré une recrudescence d'événements sanglants (Bali, Madrid). De nombreux responsables d'Al Qaeda ont pu être arrêtés dans le monde entier. L'organisation apparaît comme affaiblie et démantelée; d'importants fonds lui appartenant ont été saisis. Cela signifie-t-il que la victoire est proche?
L'idée a un temps couru qu'Al Qaeda avait été suffisamment affaiblie pour ne plus avoir de direction centrale. De fait, Ben Laden et le mollah Omar ne sont plus dans la mesure de diriger efficacement les opérations. L'on aurait pu s'attendre à ce que l'activité terroriste soit reprise en main par des groupuscules plus ou moins indépendants les uns des autres, et incapables de mener des actions concertés ou d'envergure. Il semble bien plutôt que la direction des opérations ait été transférés à des personnalités moins en vue du grand public, comme al Zawahiri. De fait, la poursuite des attentats montre que l'organisation terroriste mène une action suivie et réfléchie. Les attentats de Madrid avaient pour objectif délibéré de faire reculer le gouvernement espagnol - ce qu'il a fait, même s'il est probable que le nouveau gouvernement socialiste aurait de toutes façons désengagé les troupes. Que Ben Laden ait proposé aux Européens un pacte de non-agression montre suffisamment la continuité des ambitions stratégiques d'al Qaeda.
Une autre idée reçue est que les ressources financières de l'organisation ont été pour la grande partie saisies et coupées. Mais personne ne sait dans quelles proportions elles ont a été affaiblies. Comme le rapporte Robert Miniter à la radio américaine CBN, Ben Laden a peu utilisé les banques dans les transactions financières de son opération, à l'exception du 11 septembre, financé par des fonds de la Standard Chartered Bank à Dubai. Aujourd'hui, les responsables d'Al Qaeda préfèrent éviter les banques et utiliser les moyens traditionnels de prêt dans le monde arabe. Une manne financière notable et sous-estimée d'Al Qaeda est le chantage effectué envers les gouvernements arabes, en particulier ceux du Golfe Persique, en échange de la stabilité politique et civile, à la manière dont les mafias du monde entier rackettent les commerces. Par ailleurs, elle a réorienté ses opérations financières de manière à échapper à la vigilance des polices. C'est ainsi que, selon le nouveau chef d'Interpol Richard Noble, elle s'est rabattue sur la fabrication et le commerce de contrefaçons, contre lequel peu de moyens sont mis en oeuvre.
En outre, les Américains ont tout misé sur une guerre de la supériorité matérielle et technologique, négligeant le rôle de la formation humaine dans les activités antiterroristes de renseignement. Réfléchissant sur l'opération de désintoxication - parfaitement réussie - menée par l'Iran contre les Etats-Unis (de fausses informations relatives à des armes de destruction massives en Irak), l'ancien officier de la CIA Thomas Patrick Carroll remarque qu' « à moins d'une confrontation purement militaire, c'est une lutte que les Etats-Unis peuvent perdre s'ils ne font pas attention (...) le jeu humain de l'espionage se joue sur un terrain qui est beaucoup plus difficile que les Américains ne le supposent d'habitude. Le Directeur de la CIA George Tenet [qui vient de démissionner] a récemment affirmé qu'il faudrait cinq ans pour mettre sur le pied de guerre les ressources humaines du renseignement américain. Le Congrès doit donner à Tenet les ressources et le soutien dont il a besoin, et ensuite le président doit demander des résultats. »(The Union Leader, 30/05/2004) Pour l'instant, il semble bien que seuls les services de renseignement européens aient cette capacité humaine, même si elle est considérablement freinée par les divisions étatiques et les rivalités au sein de l'Union.
Il se pourrait bien, par conséquent, que les revers initiaux d'Al Qaeda en Afghanistan aient poussé l'organisation à se recomposer de façon plus discrète, tout en gagnant en audience dans le monde arabe. C'est ce qu'indique l'Intelligence Digest du groupe Jane : « les progrès globaux accomplis par la coalition antiterroriste sont extrêmement limités comparés aux signes croissants d'un soutien populaire de plus en plus fort au groupe d'Ossama ben Laden et à son idéologie. » Selon l'International Institute for Strategic Studies (IISS), basé à Londres, la perte de l'Afghanistan n'a pas empêché al Qaeda de se reconstituer et de diriger ses objectifs sur les Etats-Unis et ses alliés occidentaux. Le dossier stratégique 2003/2004 de l'IISS indique également qu'il faut s'attendre à ce qu'al Qaeda développe de nouveaux plans terroristes visant l'Amérique du Nord et l'Europe, avec la possibilité de recours à des armes de destruction massive. Selon l'IISS, Al Qaeda s'étend sur 60 pays; selon Jane's, l'organisation a 18.000 terroristes potentiels à sa disposition.
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La nouvelle vision américaine
Face à ses revers sur le terrain et à la perte de popularité des Etats-Unis dans le monde arabe, l'administration américaine, sans compromettre ses objectifs de long terme, a cherché à s'adapter à la nouvelle situation. Tout d'abord, elle a lancé à plusieurs reprises des opérations de relations publiques à destination du monde arabe, sans que cela donne par ailleurs des résultats notables. De son côté, le Pentagone envisage de réorganiser totalement la présence américaine à l'étranger, structurée selon les schémas de la guerre froide, afin de mieux l'adapter à la nouvelle réalité internationale. Il s'agirait de déplacer deux divisions situées en Allemagne et des avions des les bases militaires d'Islande et de Grande-Bretagne pour les stationner en Roumanie, en Bulgarie, voire en Turquie, et de déplacer l'état-major de la marine américaine en Europe de Londres à Naples. Il s'agit donc de rapprocher les forces militaires américaines des théâtres d'opération du Moyen-Orient, la menace n'étant plus la Russie mais les dérives terroristes et islamistes de cette zone. Cela témoigne suffisamment du désir américain de rester dans la région, tout autant que la persistance d'une vision classique du conflit.
Les responsables américains ont toujours eu une nette conscience du danger nucléaire, tel qu'il se pose depuis l'effondrement de l'Union Soviétique. Dans les années 1990, fut ainsi créé le Cooperative Threat Reduction Program, par le sénateur démocrate Sam Nunn et le sénateur Républicain Richard Lugar. Dans la décennie précédente, le programme a dépensé 4 milliards de dollars pour aider les anciens Etats d'Union Soviétique à éliminer les armes nucléaires, biologiques et chimiques, ou à les mettre en plus grande sûreté. Il aurait permis la désactivation de 6000 têtes nucléaires. Plus récemment, le secrétaire d'Etat à l'énergie Spencer Abraham, a présenté, lors d'un meeting de l'IAEA à Vienne, un plan « d'initiative de réduction des menaces mondiales »(GPRI) visant à empêcher que des terroristes mettent la main sur des armes nucléaires ou radiologiques. Ce plan, suivi par les Etats-Unis, l'IAEA et d'autres alliés, permettra de rapatrier l'uranium hautement enrichi d'origine russe entre fin 2004 et 2010, de rapatrier les résidus de réacteurs civils d'origine américain et de convertir les coeurs des réacteurs de recherche civil qui utilisent de l'uranium hautement enrichi pour qu'ils ne puissent utiliser que de l'uranium faiblement enrichi, et d'identifier tous les types de matériels nucléaires et radiologiques actuellement non concernés par les traités.
De son côté, le sénateur du Massachussetts et candidat aux élections présidentielles John Kerry, a affirmé début juin que le terrorisme nucléaire constituait la plus grave menace que les Etats-Unis connaissent actuellement : « la plus grande menace à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui est la possibilité de voir al Qaeda ou d'autres terroristes mettre la main sur des armes nucléaires (...) nous devons faire tout notre possible pour éviter qu'une arme nucléaire atteigne nos rives. » Il a proposé de renforcer le programme Nunn-Lugar, et a posé quatre « impératifs » de la diplomatie américaine : reconstruire des alliances, moderniser l'armée, dégager les Etats-Unis de leur « dangeureuse » dépendance envers le pétrole du Moyen-Orient, utiliser les moyens du renseignement, de l'économie et de la diplomatie pour arriver à ses fins. Un porte-parole de George Bush, Steve Schmidt, a affirmé que Kerry ne faisait que reprendre les objectifs de Bush et passait sous silence les succès de l'administration Bush, notamment les négociations avec la Libye.
Pendant ce temps, fin mai, l'attorney general John Ashcroft et le directeur du FBI Robert Mueller indiquèrent qu'al Qaeda allait lancer une attaque terroriste massive aux Etats-Unis pendant cet été.
Il reste à savoir si ces projets seront suffisants à enrayer la prolifération nucléaire.
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Insuffisances de la politique antiterroriste américaine
Le problème des Américains est d'avoir continué à raisonner dans le schéma classique des rapports de force d'Etat à Etat, sans prendre la mesure du changement radical de perspective qu'entraînent les conflits « asymétriques ». Matériellement vainqueurs, les Etats-Unis ont gravement terni leur image auprès de l'opinion publique du monde musulman, tout autant en raison de l'hostilité systématique de celle-ci aux choses américaines que de leurs réelles maladresses.
Il semble en outre que la rhétorique des armes de destruction massive soit au service de cette stratégie classique, et non l'inverse. Comme l'écrit Graham Allison (Université d'Harvard) : « le président George W.Bush a mis en avant le terrorisme nucléaire comme la menace type que la nation aura à affronter dans un avenir prévisible. Face à ce spectre, il a affirmé que la ' plus haute priorité des Américains est d'empêcher que les terroristes fassent l'acquisition d'armes de destruction massives.' Jusqu'à présent, toutefois, ses paroles n'ont pas été suivies d'actes. L'administration Bush doit encore développer une stratégie cohérent pour combattre la menace de la terreur nucléaire. Même si des progrès ont été accomplis sur certains fronts, Washington a manqué de prendre des dizaines d'actions spécifiques qui puissent réduire ce risque de façon significative. Sauf si elle change le pas - et vite - une attaque terroriste nucléaire contre les Etats-Unis sera plus que probable dans la décennie qui vient. L'inaction de l'administration est difficile à comprendre. »(Graham Allison, « How to Stop Nuclear Terror », Foreign Affairs, janvier/février 2004).
Graham Allison propose trois impératifs de l'antiterrorisme nucléaire, trois « non » : non aux armes nucléaires orphelines (inventorier, retrouver et détruire toutes les armes nucléaires soviétiques et autres qui auraient disparu dans la nature), non aux armes nucléaires naissantes (empêcher les terroristes de fabriquer leurs propres engins nucléaires en repérant et limitant l'accès à l'uranium hautement enrichi), non à de nouveaux Etats nucléaires (empêcher tout nouvel Etat de se doter d'armes nucléaires).
Il reste donc à appliquer ces mesures nécessaires, qui ont le mérite de saisir le problème à l'une de ses racines. Cependant, la question se pose toujours de la lutte antiterroriste sur le domaine intérieur. Que faire face à des armes qui seraient déjà en place? Nul part ce problème est évoqué, et pourtant c'est peut-être l'un des plus importants.
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Sombres perspectives
Il n'est pas impossible que les stratèges d'Al Qaeda aient anticipé ce moment de durcissement de l'opinion publique arabe que nous vivons actuellement. Si les foules dansaient le 11 septembre, que feraient-elles maintenant en cas d'attentats plus dévastateurs qui eussent provoqué il y a deux ans le rejet et le remords? Pour ces stratèges, le 11 septembre n'était que l'ouverture de la guerre, une déclaration en bonne et due forme; une façon d'amener les Etats-Unis, réactifs et susceptibles, à venir combattre sur le sol musulman, aggravant de ce fait l'hostilité entre les deux civilisations. Du reste, les attentats du 11 septembre leur ont pris plusieurs années de préparation, ce qui laisse penser que leur stratégie de long terme ne s'arrêtait certainement pas là...
L'on peut esquisser la future évolution du conflit : durcissement des opinions publiques arabes, radicalisation des fanatiques, reprise de la guérilla en Irak et en Afghanistan sur fonds de rivalités ethniques et religieuses... Il n'est pas exclu, selon l'hypothèse la plus sinistre, qu'al Qaeda profite de ce moment de tension pour activer la partie de son plan qui a été sans doute pensée la première : la mise à feu de dispositifs nucléaires placés dans le sous-sol de villes occidentales. La civilisation occidentale serait alors détruite avec Paris, Londres, New York, San Francisco. L'économie mondiale s'effondrerait avec la destruction de New York et de Chicago. Il est probable que les explosions puissent avoir lieu à quelques jours d'intervalle, afin de maximiser la panique et de provoquer des exodes massifs dans les campagnes (personne ne sachant exactement sous quelles villes les charges sont placées et à quel moment elles pourraient être activées). On peut également imaginer des frappes bactériologiques provoquées à la même période. Nul ne peut dire quel monde émergerait de ce chaos, dans lequel les économies seraient dévastées, les réseaux routiers, ferroviaires et aériens totalement désorganisés. Famines et conflits locaux resurgiraient Les pays arabes, galvanisés par la destruction de l'Occident, en profiteraient sans doute pour envahir Israël. Le flambeau de la civilisation passerait alors à la Chine, à l'Inde et à l'Amérique Latine.
De quelque angle que ce soit, l'on ne voit pas comment il ne pourrait en aller autrement : le savoir nucléaire est de plus en plus répandu; Al Qaeda de plus en plus fanatique et agressive; des armes nucléaires portables sont de plus en plus facile à installer où que ce soit; les Occidentaux de plus en plus incapables d'établir la paix au Moyen-Orient; Juifs et Musulmans de moins en moins désireux de la faire.
Il est peut-être temps de relire Valéry qui disait : « souvenez-vous, civilisations, que vous êtes mortelles. »