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Le thème de l'arme nucléaire revient fréquemment dans les propos de Ben Laden, avant tout pour stigmatiser l'emploi de ces armes par les Etats-Unis en 1945, lors des bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki. Plus récemment, il a fait des allusions directes à l'acquisition de l'arme nucléaire par Al Qaeda. Dans sa rhétorique, une telle arme a une visée défensive : le monde musulman doit se doter de l'arme afin d'obtenir la parité avec Israël et les Etats-Unis. Dans les faits, nul doute qu'une opération terroriste de grande ampleur, utilisant des armes de destruction massive, serait mise en place s'il en avait les moyens.
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Deux ans après la création du son "Front Islamique International pour combattre les Juifs et les Croisés", le 28 mai 1998, Ben Laden rendit publique une déclaration intitulée "La Bombe Nucléaire de l'Islam", dans lequel il indiquait que c'était "le devoir des Musulmans de préparer autant de force que possible pour terroriser les ennemis de Dieu."
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Le 24 décembre 1998, Ben Laden donne un entretien à John Miller, journaliste à la chaîne de télévision américaine ABC, dans lequel il confirme cette idée. Il commence par affirmer que les actes terroristes ne doivent pas viser les seuls militaires, mais également tous les civils. C'est le propre de la logique terroriste (aussi bien que de la logique totalitaire) que de s'en prendre à son ennemi sans distinction. A la question de savoir s'il dispose de l'arme nucléaire, il donne cette réponse :
"Chercher à posséder des armes qui puissent contrer celles des infidèles est un devoir religieux. Si jamais j'ai acquis ces armes, alors c'est une obligation que j'ai remplie et je rends grâce à Dieu pour nous avoir permis de faire cela. Et si je cherche à acquérir ces armes je remplis mon devoir. Ce serait un péché pour les Musulmans que de ne pas essayer de posséder les armes qui pourraient empêcher les infidèles de faire du mal aux Musulmans. Mais la façon dont nous pourrions utiliser ces armes si nous les possédons ne regarde que nous."
La possession d'une arme nucléaire est une responsabilité si terrible que Ben Laden tente de l'évacuer de deux façons : premièrement, il souligne la nécessité d'une telle chose, nécessité qu'il attribue à l'autorité suprême de la religion et de Dieu pour mieux s'en dédouaner. Deuxièmement, il la présente comme une arme défensive, une arme de dissuasion destinée à protéger la communauté islamique. Par delà les justifications religieuses, les pulsions meutrières et arbitraires de la logique terroriste reprennent cependant bien vite le dessus : la façon dont une telle arme pourrait être utilisée "ne regarde que" Ben Laden, en une sorte de pouvoir discrétionnaire réservé à lui seul.
On remarque par ailleurs l'ambiguïté redoutable de la réponse. A la question de savoir s'il possède l'arme nucléaire, Ben Laden ne répond pas directement; il indique que c'est une nécessité, et envisage comme de l'extérieur le cas où il la possède et celui où il ne la possède pas. Veut-il dissimuler, par cet artifice rhétorique, qu'il la possède, par crainte de trop dévoiler ses projets? Veut-il seulement laisser planer une sourde menace, alors qu'il ne l'a pas?
Il est à noter que les Etats-Unis prennent l'affaire très au sérieux : le chef d'accusation lancé par la justice fédérale américaine contre Ben Laden l'accuse d'avoir cherché à acquérir des armes nucléaires dès 1992 et d'avoir cherché, lui 'et d'autres personnes, connues et inconnues, à se procurer les composés de fabrication d'armes nucléaires.'
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La Guerre d'Afghanistan lui fait abandonner ses précautions. Dans un entretien au plus vieux journal pakistanais de langue anglaise, DAWN, entretien publié le 10 novembre 2001, il répond par l'affirmative.
"HM : Certains media occidentaux affirment que vous essayez de vous doter d'armes chimiques et nucléaires. Quelle vérité il y a t-il là dedans?
BEN LADEN : J'ai entendu le discours du Président Américan George Bush hier [le 7 octobre]. Il effrayait les pays européens en leur disant qu'Oussama voulait attaquer avec des armes de destruction massive. Je souhaite déclarer que si l'Amérique utilisait des armes chimiques et nucléaires contre nous, alors nous pourrions répliquer avec des armes chimiques et nucléaires. Nous avons ces armes comme dissuasion.
HM : Où vous êtes-vous procuré ces armes?
Ben Laden : Passez à la question suivante."
Une fois encore, l'arme nucléaire est présentée comme purement dissuasive.
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Il n'est du reste pas le seul à avoir cette attitude, surtout si l'on en juge par les déclarations récentes de l'islamiste pakistanais Abdul Rachid Ghazi. Il est l'un des chefs du Conseil Pakistanais de Défense de l'Afghanistan, qui regroupe 40 des organisations islamistes pakistanaises les plus extrémistes. Dans un entretien au journal pakistanais The Nation, il justifie que Ben Laden puisse faire usage d'armes chimiques ou nucléaires dans le but de "défendre des millions de Musulmans" - ajoutant que la possession de telles armes reste à prouver. Selon le Conseil, la religion "permet l'usage de la force contre la population civile, s'il n'est pas possible de distinguer entre des militaires et des civils, et s'il est impossible d'éviter de lourdes pertes humaines." En outre, la guerre contre les Musulmans qui utilisent "des forces anti-islamiques comme bouclier" est légale. Les thèmes habituels de l'islamisme reviennent : usage défensif nécessaire de l'arme atomique, non-distinction des civils et des militaires, dénonciations des régimes musulmans qui collaborent avec l'Occident, etc.
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Abu Gaith et Al Fahd : tuer de quatre à dix millions d'Américains
La perspective des islamistes n'est cependant pas seulement défensive, mais bien offensive, dans un esprit de revanche. Par exemple, le porte parole de Ben Laden, Suleiman Abu Ghaith, a annoncé en juin 2002 que l'organisation terroriste entendait "tuer quatre millions d'Américains, dont un million d'enfants", en réponse aux nombre supposé de victimes musulmanes des Etats-Unis et d'Israël. Ce sinistre objectif ne peut être atteint que par le nucléaire. Le MEMRI (Middle East Media Research Institute), qui surveille et traduit des publications en langue arabe, a pour sa part rapporté en novembre 2004 que les sites internet du Sheikh Hamed Al Fahd présentent un tract intitulé : Règlement concernant l'utilisation d'armes de destruction massive. On peut y lire le passage suivant : "si une bombe était lâchée sur eux [les Américains] cela annihilerait 10 millions de personnes et brûlerait leurs terres de la même façon qu'ils ont brûlé les terres musulmanes - cela est permis, sans même qu'il y ait besoin d'argumenter davantage.
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La prise de Kaboul par les troupes de l'Alliance du Nord semble confirmer certaines de nos craintes. Selon le Times de Londres, le New Yok Times et CNN, des soldats américains et afghans ont investi des centres logistiques islamistes situés dans deux maisons au centre de la ville. Ils étaient visiblement dévastés par un missile américain et ont été quittés à la hâte. Le premier centre appartient au ministère de la défense taliban, le second est un domicile privé.
Ces centres servaient également d'arsenal, car des mines antipersonnelles et 19 missiles antitank Milan, de fabrication française (il y a-t-il un traître parmi nous?), y ont été retrouvées, avec des formulaires verts et jaunes libellés "Arsenal de la Qaeda", et mentionnant les armes et l'Etat de destination.
Mais c'est une autre découverte qui a attiré l'attention des enquêteurs : une pile de manuels, de documents, de cartes, qui indiquent les objectifs d'Al Qaeda. Certains documents ont été brûlés dans la précipitation afin d'éviter qu'ils ne tombent aux mains des Alliés, mais d'autres sont restés intacts. Il s'agit de manuels de pilotage, d'extraits de revues (dont "Plane and Pilot"), de listes de centres d'instruction aérienne en Floride, et même d'un logiciel de simulation de vol, "Flight Simulator 1998". D'autres notes techniques montrent le projet d'un avion de combat de haute technologie, la Goule d'Aladin, que le Pakistan aurait pu fabriquer pour les Talibans. De nombreuses lettres envoyées à des responsables pakistanais témoignent de l'avancée du projet.
Des slogans et dessins décoraient les murs. Au-dessus d'une entrée, deux kalashnikovs et un Coran sont commentés par le Slogan : "le Jihad est notre Voie". Une carte du monde indique la localisation de centrales nucléaires en Amérique, Asie et Europe. Une autre montre les pays islamiques (à l'exception de la Turquie, peinte en vert sombre). Une carte de l'Arabie Séoudite, parsemée de drapeaux américains, britanniques et français, porte pour légende : "Occupation des Terres Saintes de l'Islam par les Croisés."
Une autre pièce, le "bureau spécial" selon un écriteau, fut en partie vidée de ses documents. D'autres sont restés, comme une brochure intitulée : "Avant et après : précaution dans l'utilisation d'armes Nucléaires, Bactériologiques et Chimiques". Furent également retrouvées des notes décrivant la composition chimique de violents poisons, et des manuels d'instruction terroriste, enseignant à détourner et détruire des avions, à faire exploser des trains, des navires et d'autres modes de transport, à préparer des explosifs (dont l'un, précise un commentaire, est "comme à Oklahoma"). Un document en anglais précise comment faire sauter des centrales énergétiques. D'autres, en arabe, précisent comment dissimuler une bombe dans un attaché-case et ne pas se faire remarquer au détecteur de mensonge. Le centre faisait partie des infrastructures de recherche et d'instruction d'Al Qaeda. Un manuel de 82 pages portant en logo "Comité d'Al Qaeda pour le recrutement et l'entraînement" y fut ainsi récupéré, avec des certificats d'instruction militaire et une lettre à Abu Habbad (lieutenant de Ben Laden), écrite en janvier 2001 : "je vous envoie des compagnons impatients à s'entraîner dans le maniement des explosifs et d'autres compétences qu'ils veulent acquérir". D'autres lettres de jeunes gens voulant rejoindre Al Qaeda et des carnets d'adresse de particuliers au Canada et en Italie pourront également donner de précieux indices aux enquêteurs.
Le plus inquiétant fut la découverte de plans et de manuels d'armes nucléaires, de bombes et de missiles dans les débris, écrits en arabe, ourdou, allemand et anglais. Un document, écrit en arabe et intitulé "la plus grande bombe", dévoile des recherches assez précises dans le domaines des armes nucléaires, de la manipulation d'uranium 235. Un chapitre s'intitule "comment faire une bombe nucléaire." Le Times de Londres, dans son édition du 17/11/2001, écrit à son sujet : "il y a des descriptions de la façon dont la dénotation d'une charge de TNT comprime le plutonium jusqu'à une masse critique, initiant une réaction en chaîne, et enfin une réaction thermonucléaire."
Des experts en sécurité nucléaire, interrogés par le Times, ont répondu que les plans suggéraient la mise au point d'une bombe à fission, similaire à la bombe qui est tombée sur Nagasaki en 1945. Toutefois, ils ont précisé que la construction d'une tête nucléaire viable était extrêmement difficile. De son côté, le Directeur américain de la Sécurité Intérieure, Tom Ridge, annonça que ces documents confirmaient les soupçons portés sur les tentatives d'Al Qaeda de se doter d'une arme nucléaire. Il remarqua par ailleurs que ces documents avaient été tirés de l'Internet il y a quelque temps, et que ces informations n'ont rien d'inattendu. Il conclut en précisant que les responsables américains n'avaient aucune confirmation de la possession d'armes nucléaires par Ben Laden, mais que "nous devons être préparés à toutes les éventualités, y compris une menace nucléaire." Le Secrétaire à la Défense anglais, Geoff Hoon déclara de même que Ben Laden n'avait vraisemblablement pas de bombe nucléaire, mais qu'il disposait, selon les services secrets, de matériel nucléaire.
L'affaire rebondit quand Jason Scott, rédacteur de la revue électronique d'un site de mauvais goût, fit remarquer que les documents montrés par la BBC reprenaient un document satirique librement disponible sur Internet, paru dans un journal parodique américain en 1979 - et qu'il ne fallait pas s'affoler pour si peu. L'équipe d'Antiterrorisme.org, en possession de ce court article depuis plusieurs mois, confirme qu'il est tout à fait insuffisant à la fabrication complète d'une bombe atomique, même s'il révèle les étapes essentielles du processus. Par ailleurs, il faut souligner que des documents plus précis sont en circulation sur la Toile, et qu'Al Qaeda a pu collecter cet article parmi d'autres.
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Zawahiri, le numéro 2 d'Al Qaeda confirme : 'nous avons des armes nucléaires'
Dans un entretien accordée fin mars 2004 à une chaîne de télévision australienne, le journaliste pakistanais Hamid Mir, biographe du numéro 2 d'Al Qaeda Ayman al Zawahiri, a rapporté des propos de ce dernier selon lequel Al Qaeda aurait des armes nucléaires.
Mir lui avait demandé qu'il était difficile de croire qu'Al Qaeda pouvait disposer de l'arme atomique alors qu'elle ne disposait pas de l'infrastructure nécessaire pour les maintenir ou les utiliser.
Aywan al-Zawahiri a alors éclaté de rire et a ajouté : 'M. Mir, si vous avez un million, allez au marché noir dans l'Asie Centrale, contactez le premier scientifique soviétique mécontent; beaucoup de bombes nucléaires portables sont disponibles.' Il précisa : 'ils nous ont contacté, nous avons envoyé nos hommes à Moscou, à Tachkent, et dans d'autres Etats de l'Asie Centrale; après négociation, nous avons acheté quelques bombes portables. »
Il n'est pas impossible que les savants soviétiques aient agi par souci pécunier mais aussi par esprit de revanche contre les Etats-Unis, sachant pertinemment que les intégristes pouvaient les utiliser contre l'Occident et Israël.
Mir décrit al-Zawahiri comme « le vrai cerveau derrière ben Laden ». « C'est lui le stratège; Oussama ben Laden est seulement une façade. Je pense qu'il est plus dangereux que ben Laden», aurait précisé Hamid Mir dans l'entretien accordé à la chaîne australienne. Chirurgien égyptien ayant rejoint les rangs d'Al Qaeda, Al-Zawahiri se cache maintenant à la frontière afghano-pakistanaise.
De son côté, Cofer Black, chef du contre-terrorisme au Département d'Etat américain, qualifie Zawahiri de « plus dangereux » que Ben Laden. Ce dernier n'est plus qu'une « figure charismatique » se trouvant « sur la défensive ». « Zawahiri est certainement sur le terrain, en train d'agir; il est en communication avec ses subordonnés et prépare des attaques au moment même où je vous parle ».
Al Zawahiri aurait joué un rôle-clef dans l'orchestration des attaques du 11 septembre. L'entrevue entre al-Zawahiri et Mir, menée en 2001, semble ainsi indiquer qu'il aurait une stratégie de long terme visant à détruire l'occident : le 11 septembre n'était qu'un prologue destiné à faire réagir les Etats-Unis avec la violence que l'on sait, afin de renforcer l'animosité contre eux dans le monde arabe et de passer ensuite à des attentats similaires, pour enfin aboutir à la destruction des grandes villes d'Occident par des bombes nucléaires portables.
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En conclusion, nous pensons que la conjonction de la volonté de destruction d'Al Qaeda et de l'effondrement de l'ex-URSS ont pu mener Ben Laden à se doter de l'arme nucléaire. Certains experts tentent de minimiser cette éventualité en indiquant qu'il est facile de se procurer des matériaux fissiles, mais qu'il est difficile de construire une arme nucléaire artisanale. D'autres disent l'inverse, en remarquant qu'il est facile de construire une bombe atomique, mais difficile de se procurer des matériaux fissiles. D'autres pensent plutôt que Ben Laden possède bel et bien l'arme nucléaire. Cette opinion est contestée par Stephen Cohen, un expert de l'Asie du Sud travaillant à l'Institution Brookings : "j'aimerais bien voir plus de preuves avant d'arriver à cette conclusion. Ceux qui affirme qu'il possèdent de telles armes ont une notion de preuve assez relâchée. S'il avait de telles armes, il les aurait déjà utilisées. Le but de son mouvement n'est pas de marchander et de négotier, mais de punir."("Analysts Debate Next Weapon in Al Qaeda Arsenal", in The Washington Post, 11 novembre 2001) Cela est grandement sous-estimer le sens stratégique de Ben Laden et d'Al Zawahiri. Les attentats du 11 septembre n'étaient pas une fin en soi, mais avaient pour but de mettre le feu au poudre en forçant les Américains à réagir et à envahir l'Afghanistan, afin de dresser les opinions publiques arabes contre leurs propres dirigeants et contre l'Occident, d'installer des régimes islamistes durs un peu partout dans le monde arabo-musulman, et enfin de provoquer une grande guerre afin de subjuguer les Infidèles. C'aurait été une faute politique inexcusable de Ben Laden d'utiliser d'emblée le nucléaire : le monde entier se serait dressé contre lui. L'utilisation des armes nucléaires, certainement prévue depuis longtemps, ne peut se faire qu'au moment de la plus grande tension. Il reste à déterminer quel sera ce dernier - d'autant que la déroute afghane, voire irakienne compromet quelque peu les projets islamistes de guerre mondiale.
Il est à noter que les islamistes ont réellement essayé de récupérer des armes ou des matériaux nucléaires. Suite