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Depuis la fin de la guerre du Golfe, les opinions publiques occidentales ont de l'Irak l'image d'un pays exsangue et durement touché par l'embargo, y voyant parfois une sorte de victime propitiatoire du fameux "Nouvel Ordre Mondial" souhaité par Bush père. La réalité est plus crue : les Américains, conscients d'avoir commis une grossière erreur en laissant Saddam Hussein au pouvoir, multiplient les pressions sur l'Irak afin de l'empêcher d'obtenir l'arme atomique. C'est que Hussein a la mémoire longue, et se considère toujours en guerre contre les Etats-Unis. Le personnage est profondément rancunier, comme en témoigne l'assassinat de ses deux gendres fuyards, auquel il avait pourtant promis le pardon, et la tentative d'assassinat de George Bush au Koweit en 1993. L'obtention de l'arme nucléaire lui permettrait de se poser en leader du monde arabe et d'assouvir ses instincts de vengeance contre les Etats-Unis et Israël - perspective d'autant plus plausible que l'effort nucléaire irakien date de trente ans.
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En 1995, un irakien du nom de Khidhi Hamza se réfugie aux Etats-Unis. Il s'agit d'un ancien expert nucléaire de Saddam Hussein, qui a travaillé sur le programme nucléaire irakien dans les années 1970 après avoir étudié la physique aux Etats-Unis. Récemment, il publie un livre avec le journaliste américain Jeff Stein, intitulé Saddam's Bomb Maker : The Terrifying Inside Story of the Iraqi Nuclear and Biological Weapons Agenda, publié en octobre 2001 en Europe et début novembre aux Etats-Unis.
Lors d'un débat autour de son livre, organisé par le Carnegie Endowment for International Peace à Washington le 2 novembre, il révèle l'avancement du projet irakien. Selon lui, l'Irak n'est qu'à quelques mois d'avoir une bombe atomique, même s'il rencontre quelques difficultés pour se procurer le matériel fissile. "Une fois que le programme de Saddam Hussein d'avoir des armes de destruction massives sera capable de fabriquer deux ou trois unités nucléaires, Saddam les utilisera à ses propres fins." Hamza prédit que Saddam testera une de ses unités et se proclamera "puissance nucléaire."
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L'Irak, officiellement, est une puissance refusant l'usage du nucléaire. En 1968, il signa le Traité de Non-Prolifération Nucléaire et le ratifia en 1969. Selon Khidhi Hamza, il ne s'agissait que d'une façade respectable pour se procurer du matériel nucléaire avec l'appui de l'AIEA.
Le projet irakien débuta avec la défaite des armées arabes dans la guerre de 1967 contre Israël. L'ambition irakienne était de se doter d'une arme nucléaire afin d'obtenir au moins la parité militaire avec Israël. En 1972, Saddam Hussein consolida le projet, qui se poursuivit par l'acquisition en 1974 d'un réacteur nucléaire auprès de la France. Il s'agissait en fait d'utiliser l'installation pour construire une bombe au plutonium. A cette époque, l'investissement fut de 500 millions de dollars pour un programme employant 500 techniciens.
Averti du danger, Israël lança une attaque aérienne contre l'installation nucléaire d'Osirak en 1981. Comble de l'ironie, les avions qui furent utilisés pour détruire le réacteur étaient français! L'opération fut un succès, et le programme nucléaire fut provisoirement suspendu.
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Mais un autre programme le remplaça en 1982, dans le plus grand secret. Etalé sur 8 ans, il devait mobiliser $10.000 millions et employer 7.000 ingénieurs. L'ambition de Saddam Hussein était de faire de l'Irak une puissance nucléaire et d'unifier le mondre arabe autour de lui, à l'occasion d'une attaque nucléaire contre Israël.
En 1990, l'Irak disposait de 12,3 kg d'uranium enrichi à 93%, tiré de plaques en uranium-aluminium fournies par la France pour le réacteur Osirak. Depuis sa destruction, l'uranium fut stocké près de Bagdad. Pour comparaison, une bombe atomique rudimentaire demanderait une trentaine de kilogrammes. Par ailleurs, l'Irak demanda des renseignements techniques à des laboratoires américains, et tenta, avec un succès plus ou moins grand, d'obtenir des appareils de haute technologie, théoriquement interdits à l'exportation vers les pays sensibles.
Il est également remarquable de constater l'ampleur du programme de missile irakien. Ce programme, qui prévoit la mise en place de missiles d'une rangée de 600km, est sans intérêt si sa charge est simplement classique - le résultat serait dérisoire relativement aux dépenses effectuées. En fait, le programme a une visée nucléaire, même s'il a en second lieu une dimension bactériologique.
Mais avant l'attaque d'Israël, il fallait s'emparer des champs pétroliers du Koweit, afin de prendre une part plus grande dans l'exploitation du pétrole arabique, s'enrichir par ce biais et paralyser l'Occident lors de la guerre qui se profilait. Les Américains réagirent avec la fermeté que l'on sait. Après la guerre du Golfe de 1991, le programme nucléaire fut poursuivi clandestinement en attendant des jours meilleurs.
En 1995, le gendre de Saddam Hussein, le Lieutenant Général Hussein Kamel Hassan se réfugia en Jordanie et révéla qu'un programme de huit mois fut mis en place dès l'invasion du Koweit en août 1990, afin de récupérer au plus vite de l'uranium à usage militaire dans le fuel nucléaire civil fournit par les Français et les Russes - et qu'il fut annulé en raison des bombardements alliés.
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Selon la résolution 687 des Nations-Unies relative au cessez-le-feu terminant la guerre du Golfe, l'AIEA fut chargée, "par le Secrétaire Général, avec l'assistance et la coopération de la Commission spéciale [UNSCOM]", d'inspecter immédiatement les sites nucléaires irakiens. Les équipes d'inspection trouvèrent des installations sensibles, mais ne purent mettre tout de suite la main sur des documents ou du matériel liés au programme nucléaire. Petit à petit, pourtant, elles allèrent de découvertes en découvertes, malgré les dissimulations et les brimades des autorités irakiennes.
Par exemple, un memorandum irakien découvert par l'inspecteur Tim McCarthy interdit aux membres de l'équipe nucléaire irakienne de "partir à la retraite, circuler, changer de domicile" sans permission officielle. C'est là une preuve, selon lui, que Saddam Hussein avait l'intention de garder son équipe atomique en formation serrée.
Malheureusement, la commission de l'ONU fut expulsée à la fin de l'année 1998. Richard Butler, responsable de la commission, conclua amèrement dans son essai La plus grande menace, que "lorsqu'un criminel résolu se joue des lois internationales sous le couvert du principe de souveraineté nationale, le système mondial, tel qu'il est constitué actuellement, semble incapable ou peu désireux de l'arrêter."
Après l'expulsion, des spécialistes estimèrent que le programme irakien avait repris. Le renseignement allemand prédit en février 2001 que l'Irak aurait des armes nucléaires vers 2004. D'autres experts avertirent des dangers d'une rupture de l'embargo, qui aurait pour conséquence l'accélération du programme.